samedi 16 avril 2011

De la sexualité

En 1949, Moshe Feldenkrais publia  Body and mature behavior -  A study of anxiety, sex, gravitation and learning,. Evidemment, le livre fut décrié car il levait le voile sur un tabou.
Malheureusement, il fallut attendre 1992 pour que cet ouvrage paraisse en français sous le titre :
L'être et la maturité du comportement
Une étude sur l'anxiété, le sexe, la gravitation et l'apprentissage.


Il décrit scientifiquement l'acte sexuel ainsi que les causes fonctionnelles des problèmes de "fatigue et raideur lombaire après le coït."
Je préfère le citer (p 224) pour ne pas dévoyer sa pensée :

"En bref, il n'y a que les individus pleinement matures dans toutes leurs fonctions, mentale, émotionnelle, physique et sociale, qui puissent s'adapter l'un à l'autre pour faire de l'acte sexuel un plaisir émotionnel, physique et esthétique, produit à deux et également partagé. J'ai déjà insisté sur le fait que l'arrêt du développement de n'importe qu'elle fonction pouvait se voir simultanément sur tous les plans."

Sommes-nous plus matures que nos parents et grands-parents sur le plan de la sexualité ?

lundi 14 mars 2011

Devinette

Où te positionnes-tu par rapport à la Méthode Feldenkrais  ?

Parmi ceux qui en parlent ?

Parmi ceux qui en entendent parler ?

Parmi ceux qui la pratiquent ?

Parmi ceux qui la pratiquent, et, en entendent parler ?

Parmi ceux qui la pratiquent, et, en parlent ?

Parmi ceux qui en entendent parler, et, en parlent ?

Parmi ceux qui la pratiquent, et, en entendent parler, et, en parlent ?

Parmi ceux qui n'en parlent pas ?

Parmi ceux qui n'en entendent pas parler ?

Parmi ceux qui ne la pratiquent pas ?

Parmi ceux qui, ni ne la pratiquent, ni n'en entendent parler ?

Parmi ceux qui, ni n'en entendent parler, ni n'en parlent ?

Parmi ceux qui, ni ne la pratiquent, ni n'en entendent parler, ni n'en parlent ?

dimanche 13 mars 2011

Philosophie éducative feldenkraisienne

D'origine juive, Moshe Feldenkrais baigna dans le courant mystique hassidique et en imprégna donc sa méthode. Il subit l'influence d'un représentant majeur du hassidisme, le philosophe Martin Buber (1878-1965).
A ma connaissance, la philosophie éducative de ce dernier se base sur les trois piliers suivants.


Le premier pilier s'enracine dans "l'homo dialogus" car "au commencement est la relation", et, 
"toute vie réelle est rencontre"

Dans son livre Je et Tu (1923), Martin Buber distingue deux attitudes à l'égard du monde : la relation Je-Tu et la relation Je-cela. Ni le Je, ni le Tu et ni le cela n'existent séparément ; ils n'existent que dans la sphère qui les unit l'un à l'autre.

La relation Je-Tu permet à l'être humain d'accéderà une vie authentique par le biais d'une relation véritable où l'être s'engage tout entier avec "l'altérité de l'autre". L'autre est rencontré, reconnu et nommé comme un être singulier. Cependant, celui qui s'ouvre au dialogue prend le risque d'un rejet total.

A l'opposé de cette relation risquée, dans la relation Je-cela, le sujet établit un rapport instrumental avec l'autre : celui-ci est réifié (réduit à un consommable, jetable une fois qu'on en a plus envie). Ici, le Je monologue au cours d'une expérience "superficielle" des attributs extérieurs de l'autre. Ce Je vit une expérience intérieure insignifiante.
Selon Martin Buber, une personne ne peut vivre au sens plein du terme que dans la sphère interhumaine.



Ensuite, le second pilier s'enracine dans la "rencontre" pédagogique. Il s'agit de rencontrer l'autre en "le rendant effectivement présent" _ c'est-à-dire en pénétrant dans son "centre dynamique".
Cette "rencontre" pédagogique ne relève pas de l'empathie. En effet, aux yeux de Martin Buber, l'empathie consiste à se projeter dans l'autre, et à perdre ainsi sa spécificité ; le dialogue, en revanche, est le contraire de l'autolimitation _ c'est un élargissement du Je.

De plus, Martin Buber établit une distinction entre acceptation et confirmation dans une relation dissymétrique - pédagogique ou psychothérapique. Car il est évident que l'éducation ne peut accepter inconditionnellement l'élève tel qu'il est effectivement ; l'éducation ne peut procéder qu'en affirmant l'être "qu'il appelle à devenir depuis qu'il a été créé". La confirmation n'est pas nécessairement synonyme d'acquiescement, pas plus qu'elle ne dispense le maître du soin de guider son élève dans la "bonne direction".

En outre, la "rencontre" pédagogique peut être "source de guérison" si l'éducateur pratique "l'inclusion". Cette notion correspond à la capacité d'avoir conscience de soi tout en percevant "l'autre" dans sa singularité.
Ecoutons Martin Buber :
"Le maître qui se sent offensé par ses élèves est un piètre éducateur, car il n'a pas conscience qu'il doit comprendre ses élèves alors que ceux-ci sont incapables de le comprendre."

Par ailleurs, la "rencontre" pédagogique présuppose l'instauration d'une distance entre soi et l'autre. L'art d'enseigner consiste à doser la distance entre le maître et l'élève afin de maintenir la discipline tout en favorisant le dialogue.
Bref, l'enseignement en soi n'éduque pas : c'est avant tout par son comportement, par son être même que l'enseignant éduque _ dès lors qu'il est effectivement présent et disponible.



Enfin, le troisième pilier de cette philosophie éducative s'enracine dans le rôle de l'éducateur. Celui-ci a pour fonction de filtrer, de sélectionner, de faire le tri dans les différents messages transmis par l'environnement. Ainsi, l'enfant peut mettre de l'ordre, donc du sens, dans les réalités chaotiques qu'il perçoit. Ce rôle de l'éducateur s'oppose à la "vieille" représentation du maître qui, tel un "entonnoir", déverse passivement son enseignement sur les élèves, eux-mêmes passifs.
La mission de l'éducateur moderne est d'influencer ses élèves à travers le partage, mais non de s'immiscer dans leur vie. Ainsi, l'éducateur transfert les forces constructives de l'univers dont l'enfant a besoin pour forger sa personnalité.


Pour conclure, Martin Buber oppose une volonté purement égocentrique de se réaliser à l'accomplissement de soi fondé sur l'engagement et la responsabilité sociale.




Source : article de Kalman Yaron, paru dans la revue trimestrielle d'éducation comparée de l'UNSESCO, en 1993.